La classe

Hier soir, j’ai chanté dans la salle la plus prestigieuse de Malaisie : le MPO. Pas de quoi faire la fière, dans la mesure où je n’étais pas la star de la soirée. La star de la soirée, c’était le nouveau roi de Hollande.

C’était très chouette quand même. D’abord parce que les hollandais sont moins benêts que les français et envoient en ambassade des ambassadeurs relativement jeunes, ayant la pêche, et avenants. Celui-ci est particulièrement sympathique, et on va bien le regretter. Il s’en va je crois en fin d’année.

C’était très chouette ensuite parce qu’on avait une loge dans les coulisses, qui sont passionnantes. Énormes instruments de tous types stockés, et un ascenseur assez grand pour le plus grand des pianos à queue de monde, la plus haute des harpes, bref, un monstre!

C’était très chouette surtout parce qu’après notre maigre (mais belle) prestation (juste les hymnes nationaux) on a pu assister (et au premier rang) à une présentation de danse contemporaine excellente. C’est si rare ici! Ils étaient épatants, spectacle réellement formidable.

C’était très chouette enfin car la soirée s’est terminée par un cocktail avec Haring! Et en prime un bouquet de tulipes offert à chaque personne.

Ce matin, encore une prestation, pour l’église allemande, cette fois. Encore un cocktail. Ça fait deux jours que je ne mange que des petits fours et des macarons en buvant du champagne, j’ai presque envie d’un bon plat de pâtes dans une vraie assiette posée sur une table!

musique maestro

Tous les mercredis, j’emmène Sacha au violon. Presque tous les mercredis, je reste au cours où j’écoute les enseignements et conseils de sa prof. Je suis donc super forte en théorie pour jouer du violon. Je sais comment tenir un archet, quelle partie utiliser pour quelle note, quel angle du bras pour jouer sur quelle corde. Bref, je sais comment jouer du violon. En théorie.

Et j’ai décidé de mettre la théorie en pratique. Comme ici, les instruments de musique sont assez peu chers, je me suis offert un violon la semaine dernière. J’ai pris un premier prix, évidement. Pas un stradivarius qui coute le prix d’un appart avec vue sur central park.

Et depuis, je joue.

Figurez-vous que c’est beaucoup plus simple en théorie qu’en pratique. Ca vous étonne, hein.

Il m’a déjà fallu 2 jours pour l’accorder. Et encore, je suppose que ça reste très approximatif pour une oreille un peu plus fine que la mienne. Aujourd’hui, j’ai réussi à travailler un bon quart d’heure. J’ai progressé. Quand je joue, on ne dirait plus un chat en rut à qui on marche sur la queue. Juste un chat à qui on marche sur la queue. C’est nettement mieux, non ?

Et puis j’ai mal au bras gauche, terrible!

Allez, encore 5 ans d’entrainement et je vous jouerais « au clair de la lune »!

Pour me rettraper, je continue de chanter. Une petite ode à l’ambassadeur de Belgique qui nous quitte bientôt dernièrement. On était seulement 10. Pas moyen donc de se fondre dans la masse. Effrayant mais grisant. J’ai beaucoup aimé.

Prochainement, un concert de Fauré : le requiem et d’autres pièces, le tout avec l’orgue. Ca devrait être chouette.

Une charmante soirée

Ce soir, je suis allée répéter pour notre concert de samedi.

Cet après-midi, il y a eu un orage énorme accompagné de pluies torrentielles.

Alors je suis partie tôt. Une heure et demie avant le début de ma répèt. Une heure et demie alors qu’il me faut vingt minutes habituellement. Une heure et demie pour faire disons 10 km.

J’ai d’abord mis une demi-heure pour trouver un taxi vide acceptant la course.

Puis j’ai mis deux heures et demie. Deux heures et demie à avancer à la vitesse d’un escargot handicapé.

Je suis arrivée en bas de l’église une heure quinze après le début de la répèt. Au moment où Lisa m’a appelée pour me dire qu’ils venaient de finir.

Je suis repartie au milieu des embouteillages.

Plus de trois heures hors de la maison, dont trois dans un taxi.

Charmante soirée.

Je ne suis pas du tout énervée.

Ils se sont tous moqués de moi

Mardi dernier, concert chez l’ambassadeur d’Irlande.

Ce sont des gens adorables, qui nous reçoivent comme des rois, plein d’humour… Bref, j’aime bien y aller. J’aime l’avant concert, le concert, et l’après concert.

Pendant l’après concert, je discute avec quelques expats, de tout et de rien et entre autre de la chute de l’euro. On parle des différents types de contrats, ceux qui ont des salaires indexés sur la livre sterling sont ravis (ce n’était pas le cas il y a un peu plus d’un an…) bref, on parle monétaire, taux de change, crise, Grèce et j’en passe.

J’explique qu’étant payée uniquement en euros et n’ayant des dépenses qu’en ringits, j’ai donc perdu 20% de mon salaire en deux mois et que ça commence à se sentir.

Et j’ajoute que comble du comble, l’école me paye (indirectement certes) en euros mais que je dois payer les frais de scolarité de mes enfants en ringits.

Je les avais rarement entendu rire autant!

Moi, moins.

« I have never seen you happier than when you are singing »

m’a-t-on SMSé hier soir. Et puis bien d’autres choses encore, mais ça ne vous regarde pas.

Parce que hier, la « chorale qui n’existe pas » a donné son premier concert.

historique : Mi-décembre, ma chorale était dissoute. Officiellement. Parce qu’officieusement et pour certains d’entre nous, ça continuait, je ne m’apesantirais pas sur la méthode. Et c’était un pari risqué. Bien sûr, ça a fait des dégâts. Il a fallu, pour nous tous, retrouver un équilibre, une place dans le nouveau groupe, et surtout recréer une ambiance. Parce qu’on y a tous perdu des plumes : les amis avec qui on avait l’habitude de chanter. Le covoiturage également a dû être réorganisé.

Et moi, j’étais dans la merde. Parce que mon meilleur ami, lui, ne fait pas partie des nouveaux élus. Parce qu’il était hors de question que je lui mente durant des mois. Parce que je n’étais pas censée dévoiler à quiconque la résurrection du groupe. Mais que je l’ai fait. Et il en a été malade de chagrin.

Pari risqué, mais pari payant. Parce que le niveau a monté. Parce que la sauce a pris. Parce que le concert donné hier pour Pâques (est-ce un hasard ?) était magnifique. Et qu’effectivement, jamais je n’avais pris autant de plaisir à chanter. Répertoire splendide (Tchaikovski, Brahms, Fauré et d’autres). Groupe motivé, ayant travaillé, et ayant envie de faire ses preuves.

Ça a été fantastique. Des erreurs, évidement, mais de la musique splendide, et surtout, un réel plaisir à être là.

Bref, Cantus Musicus revit. Vivement le prochain concert!

Pas de photos, juste le flyer.

tandr2010

Musique pour petits nenfants

J’ai dans l’idée (mais en fait je n’en sais rien) que les gens, en général, chantent des trucs genre pirouette cacahouète ou dodo l’enfant dodo pour calmer leurs bébés. Moi pas. J’ai tendance à chanter à Alice ce que je bosse à la chorale sur le moment. En ce moment, je la berce donc au libera me, de Fauré, et au requiem de Brahms. C’est beau. Très beau. Et elle aime.  Mais 2 requiem. Un peu sombre, donc.

Le mois prochain, ça va changer. Ce sera de la musique irlandaise. C’est beau aussi.Très beau. Mais en général, à la clef de ces morceaux, avec quelques dièses ou bémols, il y a des fantômes. Z’aiment bien ça, les irlandais. Un peu sombre, donc.

Si plus tard, ma fille a des tendances dépressives, je suis sure que je ne pourrais pas m’empêcher de me poser des questions sur l’influence de la musique dans sa petite enfance…

Mais c’est plus fort que moi : pirouette cacahouète, je ne peux pas.

Trahison

Je ne mens jamais.

D’abord, je ne sais pas faire.

Ensuite, je trouve que ça ne peut qu’emplifier et reporter les problèmes, ceux qui voudraient nous faire mentir, plutôt que d’aider à les résoudre.

Alors quand je ne veux pas dire les choses, soit je me tais, soit je raconte des conneries plus grosses que moi pour noyer le poisson.

Mais là, c’est la chorale qui se noie.

Tempête musicale.

Et moi, je suis dans la merde. Il va falloir choisir.

Choisir entre deux choses que je ne souhaite pas faire.

Trahir une promesse que je n’ai pas faite, mais qui est considérée comme acquise. Ou trahir une amitié à laquelle je tiens. Dilemme.

A propos de choses dont je ne peux même pas parler.

Et mon Ramsès trop loin de moi pour m’aider…

En concert.

J’ai du mal à écrire à propos de mes concerts avec la chorale.

Pourtant, c’est quelque chose qui me tient à coeur. Au point que je vais abréger mon séjour à Saïgon en novembre pour ne pas en rater un.

Mais je ne sais vraiment pas comment en parler.

Vous donner le programme ? Aucun intérêt.

Juste ça m’éclate.

J’adore les moments avant, quand on arrive les uns après les autres, tout beaux, dans un endroit inconnu ou presque. On a le temps de papoter, de rire, de s’échauffer. Certains ont le trac. Moi, jamais. Je crois que je ne suis pas une personne à trac : je suis trop rationnelle. Soit on connaît son truc et il n’y a pas de raison que ça foire, soit on ne le connaît pas et on n’a rien à faire ici. C’est ma façon de voir les choses. C’était pareil quand je faisais de la compétition au patin. Jeudi dernier, on a chanter pour l’ambassadeur d’Irlande, chez lui. On a été reçu comme des princes. Une salle avec des canapés confortable, rien que pour nous, approvisionnée sans cesse en petit délices et en boissons. Une chambre rien que pour les filles, avec salle de bain, pareil pour les mecs. Comme on devait arriver tôt, tout était prêt pour que l’on puisse se doucher si on arrivait directement du boulot. Un vrai plaisir. J’ai un peu complexé parce que pendant que je me vautrais dans tout ça, bien entourée, Ramsès, qui venait assister au concert, attendait patiemment dans la salle.

J’adore les moments pendant. Cette fois-ci, j’ai trouvé trop court. J’aurais bien chanté encore un peu. Pendant les concert, Lisa, notre chefs de choeur, est transformée. A chaque fois. Elle qui est capable de nous traiter de tous les noms lors des répétitions et par mail ensuite, affiche on plus beau sourire, cachant ainsi son stress. Elle a toujours préparé des trucs à dire, toujours très drôle, et nous, on la voit changer de vocabulaire, de registre de langue en fonction du public en face et c’est assez génial. Elle trouve toujours des trucs intelligents mais drôles à dire.Bref, on s’amuse bien.

J’adore aussi les moments après, qui sont souvent autour d’un buffet. On discute, on fait connaissance avec les conjoints. Certains abusent un peu du vin et me font rire aussi. Dans la mesure où je ne travaille pas le vendredi, je serais bien restée plus longtemps jeudi à écouter les copains débiter des conneries, mais Ramsès était fatigué. Lui, il bossait le lendemain et avait déjà pas mal attendu, alors on est rentré.

Le caméramam en charge a été capable de nous donner les DVD « live » le soir même, et on aura une version plus travaillée plus tard.

Une des nanas a pris pas mal de photos. Elles sont ici même si je pense que ça n’a aucun intérêt pour ceux qui n’y étaient pas.

Vivement le prochain fin novembre !

Ces inconnus auxquels on s’attache.

Ils sont une cinquantaine. Pour la plupart, je ne connais d’eux que leur prénom et leur pupitre. Je ne saix pas leur âge, que j’estime entre 25 et 75 ans, à peu près. Je ne sais rien de leurs activités quotidiennes. Je pense que presque tous les hommes et une bonne moitié des femmes travaillent, mais je n’en suis pas sure, et je ne sais pas dans quoi. Certains sont toujours en short, d’autres arrivent avec le badge de leur boite encore au cou. Bref, ce sont presque des inconnus. Que je retrouve tous les mercredis soir autour d’un piano. Pour chanter. Comme on chante, on discute peu. C’est pour cela qu’au bout de presque trois ans, ce sont toujours des presque inconnus.

Pourtant, qu’est-ce que je me suis attachée à eux ! Ils sont ce qui me manque le plus de la Malaisie quand je suis en France. Quand nous partons quelques jours, j’essaie de prévoir notre départ du jeudi au mardi, histoire d’être là le mercredi. Et ces derniers temps, quand l’un d’eux a eu de gros soucis, il n’est pas sorti de ma tête durant des jours. (Quand je vois que la politique d’immigration française est identique à celle de ce pays où les droits de l’homme sont conchiés, j’ai honte, mais c’est une autre histoire).

Depuis trois ans, ils m’étonnent encore. Toujours sur les deux mêmes domaines, princialement. J’ai nommé la bouffe, et la musique. Ils sont facinants.

De temps en temps, on fait une petite bouffe, histoire de pouvoir discuter enfin avec ceux qu’on cotoie si souvent. Dans ces moments, on découvre un peu l’intimité des uns et des autres. Et j’aime beaucoup ces moments. Et c’est là qu’on se rend compte que certains peuvent avaler n’importe quel vin avec n’importe quel aliment. Ca, pour moi, c’est absolument inhabituel. Quand je pense qu’on a passé une soirée entière à choisir UN vin pour le plat principal lors de notre marriage. (Les autres, c’était déjà bouclé). Ils peuvent aussi se faire un repas en alternant salé/sucré/salé/sucré une bonne quinzaine de fois. L’un d’entre eux peut avoir une assiette entièrement pleine et manger quand même dans celle des autres ! Mais le comble de l’élégance, et je vous défie tous d’en faire autant, c’est le brie, oui oui, le brie, fromage français, mangé aux baguettes. Petit exercice : prenez une assiette dans la main gauche et une paire de baguette dans la main droite. Avec vos baguettes, coupez une bonne part de brie et mettez-le dans votre assiette. Mettez à côté (avec les doigts, vous avez le droit) quelques crackers (oui, je sais, c’est meilleur avec du pain, mais la Malaisie a été anglaise des années, ça laisse des traces : une absence cruelle de gastronomie, et les pluies quotidiennes !) Ensuite, coupez avec vos baguettes (toujours avec une seule main, hein, ne lachez pas l’assiette) un petit morceau de brie et étalez-le grossièrement sur un cracker. Et c’est maintenant qu’on attend LE geste élégant : attrapez votre crackers entre les deux baguettes pour le porter délicatement et lentement à votre bouche. Non, pas une dessous et une dessus qui écrase le brie, mais une de chaque côté du crackers. Réussi ?

Mais le plus facinant, avec eux, c’est le naturel avec lequel certains peuvent s’assoir devant le piano, et poser leurs doigts sur le clavier. Parce que si on compte bien, des doigts, ils n’en ont que 10. Alors je me demande toujours comment ils arrivent à sortir 100 000 sons magnifiques à la seconde avec simplement 10 doigts et une grosse boîte en bois pleine de fils métaliques! De vrais Dieux. Je pourrais rester des heures à regarder les doigts sur les touches.

Bref, le jour où on quittera ce pays, si on le quitte un jour, ils vont sacrément me manquer.