Je suis Charlie

Comme tout le monde où presque en ce moment.

Les enfants ont été bien choqués. Sacha voulait donner la totalité de son argent de poche à Charlie. Ariane voulait suivre le direct du monde avec moi (entre la violence probable de l’assaut et le décalage horaire, ça a été un non catégorique de ma part). On a regardé ensemble la plupart des dessins publié en réaction aux événements.

Je n’ai jamais apprécié Charlie Hebdo. J’ai toujours adhéré à leurs idées, mais ai toujours trouvé les dessins trop grossiers et vulgaires. J’ai même râlé contre eux lorsqu’en 2012, un dessin parmi d’autres avait fait fermer l’école ici.

Mais aujourd’hui je suis Charlie.

Ici les gens ne comprennent pas. Les journaux présentent les journalistes et dessinateurs de Charlie comme cathos! Anti-islam. Être athée n’est pas envisageable. L’idée de la liberté de la presse n’est pas comprise. L’idée d’une manifestation fait peur. Ils pensent que c’est la guerre civile.

J’aurais bien aimé que les deux connards de frangins soient sortis de leur trou vivants. Je les auraient abonné à Charlie Hebdo à vie, histoire de s’instruire en cellule.

Demain soir, j’irai à l’ambassade participer au rassemblement prévu. Avec les enfants.

Qui m’ont demandé ce qui allait s’y passer.

Je n’en sais rien.

A mon avis, un livre de condoléance, une minute de silence, une marseillaise. Si c’est ça, c’est pour nous, pas pour eux. Ils auraient préféré un livre de gribouillages et une chanson paillarde, j’en suis sure. Quelle trahison!

Bref, on verra bien ce qui se passe. Si j’ai un peu de temps, je vous raconterai.

Des nouvelles ! Des nouvelles ! Des nouvelles !

Je vous entends manifester contre mon indifférence et mon silence d’ici!

Alors des nouvelles, en voici :

Nous sommes enfin en vacances et ceci est une excellente chose. Nous allons fêter Noël chez nous et à la date prévue, ce qui ne nous est pas arrivé depuis longtemps !

Je suis allée faire un tour au Cambodge en début de mois, pour un stage, et je me rends compte que j’aime vraiment l’Asie pauvre. Evidement, ce serait mieux pour tout le monde qu’elle disparaisse au profit de l’Asie riche, mais le tuk-tuk, les immeubles bas, les routes poussiéreuses car nous goudronnées, les marchés dégueu par terre… Je me retrouve bien là-dedans. J’y ai mes repères, je trouve ça plus reposant et plus sain que nos affreux centres commerciaux sur-climatisés!

Alice a fêté ces 5 ans. Grande aventure ! Et qui nous a montré l’impolitesse des gens. Qui ne répondent pas aux invitations! Qui viennent avec une heure de retard ! Qui ne reviennent pas chercher les gosses! Qui viennent avec toute la fratrie ! Bref, que de stress pour nous. Heureusement Alice ne s’est rendu compte de rien et a bien profiter de sa fête. Elle était ravie. Et le gâteau délicieux!

Je cuisine aujourd’hui ma première dinde! Pas moyen de trouver une oie dans ce pays. Je ne suis pas fan de dinde mais Sacha en réclame une depuis des années, alors pour une fois qu’on est à la maison… J’ai du aller chercher des conseils sur les sites américains ! Quelle honte, quand même, pour une française. Ce n’est pas que je les ai suivis, ces conseils. Je me suis fait ma farce à ma façon après avoir lu 50 recettes. C’est surtout que ma dinde avait un drôle de truc en plastique rouge ! Depuis, je sais tout sur les pop-up timers ! Je dormirais un peu moins bête ce soir!

Le 26, nous partons pour BKK. Histoire de voir si le climat est meilleur, ce dont je ne doute pas parce qu’ici, il pleut continuellement depuis des jours, alors que normalement, à BKK en décembre, il devrait faire bon. J’espère juste ne pas être confrontée à trop de cérémonies tsunamiesques (ça fera pile 10 ans) mais en évitant les plages, ça devrait aller.

J’ai fait toute une série de concerts avec ma chorale, comme toujours en cette saison. Ca me plait toujours. Comme je fais partie des anciennes, que je connais bien le répertoire et que je suis toujours dispo, on m’appelle souvent. C’est très bien comme ça.

La politique de ce pays et l’obscurantisme de certains me rend de plus en plus dingue, mais inutile de s’appesantir là-dessus.

Je bosse trop et j’en ai marre.

Voilà.

Et vous ?

Joyeux Noël à tous.

 

Vexée

Aujourd’hui, la salope de connasse de caissière du supermarché m’a demandé si Alice était ma petite-fille! Et en anglais, pas moyen de se planter : petite fille et petite-fille, c’est vraiment différent! Bouhhhhhh! Je suis vieille!

Appelez-moi Joe la Flèche!

Nous voici en France depuis quelques semaines. Quel plaisir.

Je pourrais comme tous les ans faire un petit article sur les joies de la bonne bouffe, la couleurs des fruits d’été, l’odeur de la campagne française et les beaux châteaux du coin, mais ça doit devenir un peu répétitif.

Alors au menu du jour : mon vélo.

J’ai un beau vélo tout neuf.

Avec assistance électrique!

La grande classe. Les montées ne me font plus souffler, transpirer, peiner, souffrir. Je monte tout à la vitesse du son, sourire aux lèvres!

Comme une grosse feignasse que je suis!

Attention, l’essayer n’est pas sans risque, c’est se soumettre à une très forte tentation. Maintenant, tout le monde veut me le piquer!

 

bonnet d’âne…

… pour notre maid.

Qui a réussi à être assez naïve pour se faire embringuer comme mule. Entre le Ghana et la Thaïlande.

Évidement, ça a mal fini, elle est en taule. On lui souhaite d’éviter la peine de mort…

Je suis condamnée à faire le ménage pendant au moins 15 ans, moi, avec ces conneries.

En janvier, elle nous avais demandé 2 semaines de vacances pour aller aux Philippine. On avait dit oui. Elle avait alors demandé un visa pour le Ghana. Déjà, ça nous avait paru louche. Et puis à la date prévue pour son retour, elle avait passé un coup de fil demandant un peu plus de temps. Numéro d’appel au Ghana. Tout de suite, on avait pensé aux mules. Gros clichés, gros préjugés, vous me direz. Afrique de l’ouest = drogue, ici. Alors quand elle n’est pas rentrée, on a tout de suite annulé son permis de travail et changé les serrures. Pas moyen de prendre des risques avec ça ici. On a trois enfants à élever, on ne peut pas trop se permettre une condamnation à mort parce que la maid planque de la came à la maison.

Mais d’un autre côté, on espérait qu’elle avait filé avec un petit copain.

Ben non.

Ou alors il l’a bien eu. C’est la mode, faut dire. On séduit, on embarque au pays, on veut rester plus longtemps mais comme on a bon cœur on fait rentrer la nana avant : elle, l’Afrique, la famille, c’est pas son truc. Et on charge les valises.

J’invente, là. Mais c’est du domaine du possible. On ne sait pas ce qui s’est passé, ni ce qu’elle a voulu rentrer en Thailande, ni en quelle quantité. Et on s’en fout.

On a juste reçu une lettre désolée de sa part la semaine dernière. D’une taule thaïlandaise.

différentes cultures

Il est très intéressant de voir ici comment les différentes communautés vivent la « disparition » de l’avion.

Sans avoir d’opinion sur sa localisation, ni sur ce qui s’est passé, on peut voir ici quelques faits qui, si la situation n’était pas si dramatique, pourraient paraitre comiques.

Le gouvernement.

Il est évident que le gouvernement malaisien raconte n’importe quoi, dénie l’évidence et planque des infos (ou du moins ne les transmet que quand d’autres les ont obtenues autrement). Faudrait quand même pas avouer que son propre avion ait pu survoler son territoire incognito sans inquiéter l’armée. Le fait qu’un encadrement par quelques avions de chasse aurait peut-être pu changer les choses, faudrait pas que ça se sache. A croire qu’après quelques jours de recherche, tout le monde allait oublier cette histoire. Ni vu ni connu. Le fait que ça retarde tout, que ça coûte une fortune pour rien, ils ont l’air de s’en foutre royalement. Le fait qu’ils perdent toute crédibilité aux yeux de tous, ils n’ont pas l’air de s’en rendre compte.

Les retournements de vestes sont rigolos aussi. On nie que les téléphones sonnent et on pleure dans les ambassades pour avoir les numéros. On nie que ça vole puis on annonce que ça vole. On nie des communications puis on annonce des contacts. Et surtout, on refuse toute aide autre que logistique, histoire de ne pas avoir à partager ni données ni décisions, avant d’être obligé de reconnaitre son impuissance et de faire appel à plus formés que soit (français et américains en tête).

Le fait que la Chine leur reproche leur manque de transparence, même si elle a parfaitement raison, c’est à se plier de rire!

Le grand shaman.

C’est le comble du ridicule. Il arrive à l’aéroport avec ses noix de coco et son matériel de pêche, se fait filmer en pleines guignoleries. C’est son problème. On lui reproche son ridicule aux yeux du monde occidental, il se fâche. Ses arguments : je suis millionnaire et mes principaux clients sont des hommes riches et importants. Ah oui? Ça c’est un gage de sérieux, alors. Si vous n’avez pas vu le shaman, ça vaut le coup, ici.

Les pilotes.

Le premier est un opposant au gouvernement, très énervé suite à la condamnation d’un homme politique pour sodomie (comme si la sexualité de deux adultes consentants concernait la justice!) Pour les malais, ça fait de lui un suspect terrifiant. Aux yeux occidentaux (voire chinois d’ici), ça en fait plutôt un gars sympathique. Le second est un homme très religieux. Ça fait de lui aux yeux des malais un innocent parfait. Aux yeux occidentaux un terroriste en puissance. Après, que l’un ait un simulateur fait maison chez lui, et l’autre ait déjà ouvert le cockpit pour y accueillir des demoiselles en plein vol, c’est ici très secondaire.

Les 7 heures de vols supplémentaires suite au piratage.

Vues par les chinois, c’est l’horreur absolue. Ça veut dire qu’avant de mourir, leurs proches ont surement vécu 7 heures d’horreur à savoir qu’ils étaient en terrible danger.

Vues par les malais, c’est une grande source d’espoir. Cela veut dire que l’avion ne s’est pas écrasé et que leur proches sont vivants quelque-part et que le fait d’être croyants, religieux et entrainer au ramadan va leur permettre de survivre jusqu’à ce qu’on les retrouve.

Et tout ça, ce n’est surement pas fini.

En tout cas, ici, ça a choqué la communauté française. On ne parle que de ça (et du haze, mais bon). Tout le monde ici prend l’avion tellement souvent qu’on se sent forcément concerné. Les français étaient du lycée de Pékin, certains élèves d’ici les avaient rencontrés en vacance.